SA VIE

Fils du compositeur Dynam-Victor Fumet (élève de César Franck, 1867-1949), frère de l’écrivain Stanislas Fumet, père du flûtiste Gabriel Fumet, Raphaël Fumet manifeste très jeune des dons exceptionnels de pianiste et d’improvisateur.

Parallèlement à ses études de composition avec Vincent d’Indy à la Schola Cantorum, il est engagé dans de nombreux cinémas parisiens où ses facilités extraordinaires lui permettent d’improviser directement à l’orgue sur les images des films muets de cette époque. Son charisme de musicien lui vaut l’amitié de nombreux artistes, principalement à Montparnasse; il se lie surtout avec des peintres et des sculpteurs encore inconnus comme Soutine, Modigliani, Jeannette Hébuterne, Juan Gris, Joseph Bernard…

SON ŒUVRE

L’histoire de l’art a toujours été celle du génie plutôt que celle - surtout à notre époque - des divers académismes à la recherche d’un consensus esthétique "historiquement correct". La musique de Raphaël Fumet illustre singulièrement ce paradoxe.

Bien que possédant au plus haut point les qualités d’un créateur hors pair, il lui manqua essentiellement un savoir faire social fondamental dans un temps où le compositeur est totalement dépendant des structures de l’institution qui régissent son art dans cette très dure compétition. Cela explique sans doute l’extraordinaire abandon dans lequel est restée son œuvre qui commence seulement à être éditée. Bien sûr, le fait que sa musique ne soit jamais entrée en rupture avec une filiation qu’on pourrait situer de Monteverdi à Stravinsky en passant par son père Dynam-Victor Fumet qu’il vénérait, n’a pas facilité sa promotion dans une période où tout langage ne se recommandant pas de l’avant-gardisme était réputé sans valeur.

De plus, persuadé que sa musique avait peu de chance d’être comprise, Raphaël Fumet ne fera pratiquement rien pour la diffusion de son œuvre.
« Je ne crois plus au succès de la musique sérieuse » écrit il à un ami à propos d’une de ses œuvres, Le Colloque des Horizons, malheureusement disparue. « L’homme du siècle veut jouir dans la musique de tout autre chose que de ce qui est l’harmonie, au sens propre et universel du mot. Il veut du sensuel ou du "scientifique" mais jamais de l’amour qui ressemble aux arbres et aux fleurs, ce qui le fait paraître démodé et sans intérêt.

Il est vrai que la réalisation d’une œuvre musicale est un tel travail, une telle entreprise sur sa vie propre, qu’on a peu de temps dans son parachèvement de s’occuper, si sa chère fille, le jour de sa présentation au public, aura du succès au bal… »

Bien que condamné à créer en silence jusqu’à sa mort, sans jamais entendre l’écho de sa musique, Raphaël Fumet nous a laissé - malgré un inévitable découragement - un certain nombre d’œuvres toutes significatives dans leur diversité qui témoigne de la liberté anticonformiste de leur auteur à la recherche, envers et contre tout, de la seule beauté musicale.

A écouter cette œuvre si forte, on est obligé de considérer qu’il n’y a pas un sens de l’histoire de l’art unique et inéluctable, mais des directions différentes parfois contradictoires avec, dans certains cas, de possibles retours vers des horizons antérieurs…

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